En tant que femme, j'ai de l'empathie pour ma mère.
Je la vois. Je la comprends. Je sais qu'elle a fait comme elle a pu.
Je sais que c'était sa première vie à elle aussi.
Je vois ses blessures. Je vois ses manques. Je vois ses silences. Je remarque ses traumas...
Mais en tant que fille...
En tant que petite fille qui avait besoin d'être rassurée, protégée, choisie...
J'ai de la colère.
Une colère que personne ne comprend vraiment.
Parce que les gens voient la femme forte que je suis devenue.
Ils ne voient pas la petite fille qui aurait voulu qu'on la serre plus fort.
Qu'on l'écoute.
Qu'on la défende.
Qu'on lui dise : "Je suis là."
En tant que femme, je pardonne.
En tant que petite fille, je ressens encore.
Et c'est ça le plus dur à expliquer :
On peut comprendre... et en même temps avoir mal.
On peut aimer... et en même temps en vouloir.
On peut être reconnaissante... et en même temps porter une rage silencieuse.
Ce n'est pas de l'ingratitude.
C'est une blessure qui a grandi avec moi et qui fait la femme que je suis aujourd'hui.
Et peut-être que personne ne peut comprendre totalement.
Mais moi je me comprends.
Je suis la femme qui est dans l'analyse constante.
Et la fille qui a souffert.
Et les deux coexistent.
Et aujourd'hui, j'apprends à ne plus choisir entre elles.


